Quelques particularités du Pérou

27 janvier 2009

Le Pérou a ses bizareries. Alors que la pomme de terre vient d’Amerique, qu’on se vante ici des centaines de variétés qui existent, tout le monde mange du riz, et on a bien du mal a sortir d’un repas sans avoir consomé de ce produit que je croyais typiquement asiatique.

Les civilisations anciennes des Andes, comme cela est connu, procédaient a des sacrifices, humains, d’animaux, chiens, lamas, oiseaux, chaque espece ayant une signification particuliere. Elles avaient aussi d’étranges pratiques, comme la déformation craniene, dans le but de distinguer les classes sociales – c’était faire partie de la classe noble que de se faire enserrer le crane dans un étau de fer afin que celui-ci s’alonge. Cela aurait aussi servi a rendre le crane plus résistant aux coups… Il y avait également l’alongement du lobe des oreilles, en portant des bijoux trop lourds. Ils n’en restaient pas a la modification du crane, ils étaient aussi ferrus de la trépanation – la photo avec les trous a l’arriere du crane est le resultat de cette pratique médicinale.

bizareries
Album : bizareries

6 images
Voir l'album

Les morts appartenant aux classes supérieures étaient momifiés. Comme il se doit, les momies étaient accompagnées d’objets pouvant leur servir dans leur prochaine vie.

En se promenant dans le marché d’Aréquipa, on peut lire “jus de grenouille”, avec des grenouilles vivantes dans un bocal. On a peur de comprendre… et on comprend bien! Il s’agit de boire le liquide dans lequel les petites grenouilles gigotent – je n’ai pas essayé. Autre curiosité de ce marché, on peut trouver un raticide au nom de “exterminador Bin Laden”, et toutes sortes de plantes aux vertus diverses, y compris, évidemment, celles renforcant la vigueur sexuelle – je ne sais plus a quoi servent les foetus de lama qui se vendent, mais je crois que c’est aussi lié a cela…

Dans un couvent d’Arequipa, toujours, on peut voir une peinture représentant la trinité divine, avec Dieu, l’Esprit Saint et… Marie. Erreur? Ignorance inpardonable de la théologie chrétienne? Non, ce fut un moyen de rendre plus compréhensible le christianisme aux peuples indigenes – ou du moins de les y rendre plus sensible. Marie est une figure qu’ils pouvaient identifier a la Pachamama, la terre nouriciere: autre exemple du syncrétisme entre christianisme et croyances locales.

Aussi bien en Bolivie qu’au Pérou il faut, dans les rues, s’habituer aux klaxons intempestifs (coups de klaxon en arrivant a chaque intersection, vue que personne ne respecte les priorités, s’il y en a…), toujours faire tres attention en traversant et ne pas se fier aux zébras: personne ne les prend en compte, on ne sait pas a quoi ils servent. Et surtout, ne pas se surprendre d’entendre des types hurler les destinations en se suspendant a la porte des bus: s’est comme cela que l’on récupere des passagers.

Autre chose qui ne sert pas souvent a grand chose: les panneaux indiquant ce que l’on propose dans les cafés, les restaurants: tres souvent il n’y a pas ce qu’il y a d’indiqué. Parfois on me regarde bizarement quand je veux prendre un café lorsque “café” figure sur la carte – comme si il n’y en avait jamais eu… Un fois je me suis fié a un panneau dans un petit restaurant non touristique pour demander un coca-cola d’une certaine taille. Il n’y en avait que des plus petits. Le panneau affichait un prix pour ceux-ci ; je demande quand meme le prix pour avoir confirmation. On me dit que ce n’est pas celui-la. Je demande a quoi sert le panneau. Ils me regardent étrangement sans répondre… J’en conclus: ici il faut communiquer oralement, pas par écrit.

L’Inca Kola, boisson “officielle” du Pérou, outre le fait qu’elle est infectement sucré et au gout de papaye (que je n’aime pas particulierement), appartient a Coca-Cola. Ce qu’il faut boire ici, c’est la chicha, boisson préparée a base de mais. C’est vraiment local, cela remonte au moins aux Incas, et s’est drolement bon! Sur la photo du marché avec les pommes de terre, on peut voir, en bas a droite, du mais de couleur bordeau: pour la chicha!

11 janvier 2009

Depuis que je suis arrive au Pérou je vois un pays tranquille, sur ; on ne m’a quasiment jamais parlé du sentier lumineux. Pour tout dire, je ne me suis pas non plus tellement intéressé a la vie politique, a ce qui s’était passé ici depuis la fin de l’empire Inca. Et puis, ce matin, apres avoir passé quelques heures a voir quelques une de mes cheres céramiques, au musée de la nation, je me suis retrouvé, au dernier étage ouvert aux visites, devant une exposition consacrée aux vingt années de troubles liés au sentier lumineux, entre 1980 et 2000. 2000: hier.

Tout a commencé en 1976, quand le sentier lumineux, groupe communiste créé en 1970, a décidé de prendre la voie des armes. C’est surtout au début des années 80 que tout s’est intensifié. La lutte a débuté dans les hauts plateaux, au sud du Pérou, plus précisément autour d’Ayacucho. Ils profitaient la de l’éloignement du pouvoir central de Lima (il faut penser a la qualité médiocre du Pérou a cette époque, et aux distances) ainsi que du soutien mesuré de communautés locales – les communistes leurs promettaient de les sortir de leur pauvreté, avec changement de régime et tout ce que l’on devine. Le sentier lumineux profitait en outre de la faiblesse du régime démocratique, qui venait de faire son retour apres une énieme dictature militaire. Pour entrer dans une période durant laquelle la violence allait s’exacerber jusqu’a atteindre son paroxisme a la fin des années 80 et le début des années 90 – attaques de postes de police, bombes, terreur envers ceux qui refusaient de les aider. Face a cela, le gouvernement de Lima répondit a la violence par la violence: arrestations massives, arbitraires, puis massacres, exécutions sommaires par centaines. Entre les deux, les communautés rurales, qui subirent la majorité des pertes, prises entre le systeme de terreur imposé par le sentier lumineux et les représailles frappant souvent a l’aveugle.

A la fin des années 80, le sentier lumineux étend sa lutte a la jungle, trouvant appui et financement aupres des narcotrafiquants. Dans le meme temps, un autre groupe terroriste se forme a Lima, le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru, lui aussi d’influence marxiste. Il trouve des soutiens dans les universités, et agit par bombes, attentats contre les installations électriques (coupures de courant régulieres, semant l’inquiétude dans la population), et diverses actions ponctuelles. Ce mouvement se voit affaibli en 1988 quand 62 de ses membres sont interceptés et tués (pour la plupart) ou emprisonnés. Son dernier acte de bravoure fut la prise d’hotages a l’ambassade du Japon fin 1996, début 1997, pendant quatre mois. Pourquoi l’ambassade du Japon? Depuis 1990, le président du Pérou est Fujimori, d’ascendance japonaise. Je dis président, mais la premiere partie de l’exercice de son pouvoir s’apparentait plus a une dictature militaire. La vérité est que, pour mettre fin aux agissements du sentier lumineux, le respect du droit ne fut plus a l’ordre du jour – quitte a en passer par des agissements sortant du respect des droits de l’homme: exécutions arbitraires, torture, massacres. Reste que le résultat fut l’anéantissement du Sentier Lumineux, du MRTA, définitivement éliminés en 1999 quand le bras droit de Guzman, leader du Sentier arreté en 1992, fut arreté a son tour.

Auparavant, les faits marquants furent, d’abord, le massacre de 9 journalistes en 1983. Ce fut le moment ou l’attention de l’opinion publique fut attirée (je traduis: ou les journalistes commencerent a faire du sentier lumineux un de leurs themes d’élection – rien n’émeut plus un journaliste que la mort d’un autre journaliste). Puis un autre, quand une bombe explosa dans le quartier de Miraflores, quartier aisé de Lima. Cela, deux mois avant l’arrestation de Guzman. C’est, d’une certaine maniere, le deuxieme choc médiatique: c’est le moment ou les classes dominantes se sentent a leur tour menacées – et donc poussent pour une réaction rapide. Avant, les victimes étaient loin, dans les montagnes, et qui plus est, des paysans analfabetes ; pas trop grave, donc. Mias la, tout change: il faut que cela cesse. Remarque: encore aujourd’hui, le Pérou est divisé entre populations urbaines, plus aisées et cultivées, et celles des hauts plateaux – les premieres méprisant les secondes. Cela explique que l’exposition que j’ai visité plaide pour la lutte contre le racisme (a premiere vue cela est incompréhensible lorsqu’il s’agit d’une guerre interne a un pays et basée sur des questions idéologiques – la lutte communiste contre le capitalisme, en l’occurence. Il semble que cela n’aie rien a voir avec le racisme, mais si, il y a bien du racisme, étant donné qu’il y a dépréciation d’un communauté en raison de son origine ethnique et linguistique, ce qui est le cas ici – les indiens parlant quechua).

Bilan de ces 20 ans de terreur: 69000 morts, a 75% parmis les populations quechua (donc les plus pauvres et les moins cultivés de la population).

La guerre civile a pris fin… et Fujimori est derriere les bareaux. Il a mis fin aux exactions du sentier lumineux, redressé le pays économiquement, et le Pérou le remercie en l’arretant en 2005. C’est qu’il y a des faits graves derriere: corruption, et surtout crimes de guerre et/ou contre l’humanité. Jusqu’ou un gouvernement peut-il aller pour mettre fin au terrorisme? Il se trouve qu’il y a un droit international, et que celui-ci fixe justement des limites.

Cette exposition m’aura permis de m’intéresser a quelque chose que j’ignorait presque totalement: j’ai appris sur l’histoire de ce pays. En meme temps, je reste un peu sur ma faim. L’exposition a pour but le souvenir: ne pas oublier ce qui s’est passé, pour que des faits similaires ne se reproduisent pas. Le probleme est que, si les images me montrent la violence, ses méfaits, si elles incitent a la hair… elles n’en expliquent pas ses causes. Sortant de l’ex´position, je me demande: mais pourquoi en est-on arrivé la, au fait? Je dois avouer que je n’en sais rien. Il faut que je commence a réfléchir… 1976, c’est la mort de Mao. A cette époque, l’URSS se porte au mieux. En Europe, les partis communistes sont puissants, et des groupes armés, terroristes, se forment aussi. Le Sentier Lumineux, c’est l’équivalent de ces groupements au Pérou. C’est une époque ou l’idéologie communiste est extremement puissante.

Pourquoi la lutte armée dans un pays ou les gens peuvent voter et s’exprimer librement? Les communistes luttaient contre des dictatures, en Amérique du sud – mais aussi et surtout contre le systeme capitalisme, le libre échange qui entretient les inégalités. Mais pourquoi ne pas faire confiance au vote? Parce que les personnes qu’il faut « sauver », celles qui sont les plus victimes du systeme, sont aussi les moins cultivées: elles ne savent pas ce qui est bon pour elles. Les fondateurs de groupement communistes terroristes, intellectuels qui savent (Guzman, dirigeant du Sentier Lumineux, était professeur de philosophie…), vont imposer par la force, et s’il le faut contre ceux la meme qu’il s’agit d’aider, les idéaux qui vont sauver l’humanité – il ne s’agit ni plus ni moins que de cela. Et les paysans pauvres tombent par milliers… Au passage: évidemment c’est parce qu’il y a des inégalités injustifiables, un niveau culturel démesurément bas, que les communistes peuvent trouver du soutien. Donc, les gouvernements qui ne font rien contre ces causes sont aussi responsables, et le gouvernement du Pérou de l’époque l’était surement largement.

Ce qui m’avait frappé, donc, en sortant de l’exposition, était le fait que, si les exactions du gouvernement et de l’armée n’étaient nullement occultées, pour autant rien n’était fait pour aider a comprendre les motivations du Sentier Lumineux: il apparait seulement comme un groupe de terroristes. C’est que c’est une exposition de photos. Or, les photos touchent les sentiments, elles ne s’adressent pas directement a l’intelligence. On est touché ; pour autant, on ne comprend pas forcément les causes de ce qui s’est passé. La violence est horrible. D’ou vient la violence? On ne sait pas. Faire hair la violence ne suffit pas pour éviter qu’elle se reproduise, il faut en comprendre ses causes, me semble-t-il. Mais bon, les images servent au moins a produire un choc. Et, sans cette exposition, je ne me serais peut-etre jamais intéressé au pourquoi et au comment du Sentier Lumineux…

 

12345...23